Colloque international « Les Phèdres, palimpsestes et réécritures » (La Ferté-Milon, juin 2027)

 

APPEL A COMMUNICATIONS

Les Phèdres, palimpsestes et réécritures tragiques

Avant, autour et après Phèdre et Hippolyte de Racine

 

Colloque international

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La Ferté-Milon, 23-25 juin 2027

 

Institutions partenaires : Centre International Jean Racine, Institut Universitaire de France, Université de La Réunion, Université Sorbonne Nouvelle, Sorbonne Université.

Date limite de soumission : 1er février 2027

Argumentaire

Le 1er janvier 1677, Jean Racine fait représenter Phèdre et Hippolyte, point d’aboutissement de sa production de tragédies profanes, érigé depuis en parangon de la dramaturgie classique. Si la réception initiale de la tragédie a été marquée par la concurrence de Pradon, c’est en réalité l’amont et l’aval qui donnent pleinement la mesure de l’importance du drame racinien. À l’occasion du 350e anniversaire de la création, ce colloque se propose de réinterroger cette tragédie comme le carrefour vivant d’un réseau intertextuel vaste et mouvant. Il s’agira de dégager l’avant et l’après, d’inscrire Phèdre et Hippolyte dans une temporalité littéraire et théâtrale trans-séculaire (de l’Antiquité à nos jours), nationale et transnationale.

Indiscutable palimpseste, le texte racinien sera abordé consécutivement dans sa double dimension : à la fois réceptacle de textes antérieurs et matrice inépuisable de créations nouvelles. Dans l’histoire dramatique, littéraire et artistique du mythe, Phèdre et Hippolyte constitue une œuvre incontournable, à la fois admirable hypertexte d’une tradition puisant ses racines dans le théâtre antique d’Athènes et de Rome, mais aussi hypotexte – plus ou moins avoué et conscient – pour les siècles à venir, allant jusqu’aux tentatives audacieuses voire « scandaleuses » de Gabriele d’Annunzio ou de Sarah Kane au XXe siècle, prenant à contre-pied la dignité tragique de la pièce de 1677.

Ce colloque souhaite particulièrement mettre en lumière la vitalité du mythe en dehors du strict cadre théâtral français et européen, en décloisonnant non seulement les barrières chronologiques, mais également les frontières géographiques et disciplinaires. Comment le canevas de la passion interdite, de la culpabilité et de la fatalité, tel que cristallisé par Racine, est-il réinvesti, traduit, subverti voire déconstruit dans les littératures et les arts dramatiques mondiaux (Moyen-Orient, Asie, Afrique, Amériques) ? Si le colloque fera logiquement une place éminente aux adaptations théâtrales, conçues comme premières et incontournables réécritures du texte, il ne s’interdira pas d’explorer les métamorphoses du mythe au contact de la danse, l’opéra, le cinéma, la radio, le roman, la poésie, mais également la bande dessinée, la sculpture, la gravure et les illustrations, sans oublier la scénographie, réécriture visuelle parallèle et complémentaire, voire concurrentielle, du texte.

À partir de l’exemple paradigmatique de Phèdre et Hippolyte, le colloque se propose de contribuer à une réflexion générale sur la dynamique de la poïétique tragique. Au même titre que la fable œdipienne, l’épopée odysséenne ou la figure des Antigones (G. Steiner), la fable de Phèdre – par l’importance de sa tradition littéraire et artistique –constitue une tradition mémorielle avec laquelle tout dramaturge et créateur, soucieux d’innover, est contraint de négocier. Elle incarne un laboratoire paradoxal de libertés créatrices infinies assorties d’un ensemble de contraintes d’écriture inviolables : comment faire du nouveau avec de l’ancien ? Comment surprendre le spectateur sans en choquer excessivement la mémoire antérieure ? Comment renouveler le mythe sans en trahir l’essence ? Elle pose plus radicalement la question du rapport à l’Antiquité et à la tradition, celle des techniques et des ruses de chaque époque et de chaque auteur pour « s’en accommoder ».

 

Axes de réflexion (non exhaustifs)

Les propositions de communication pourront s’inscrire dans les axes suivants :

  • Axe 1 : le cabinet de Racine, lecteur et adaptateur. Le rapport de Racine aux sources antiques (Euripide, Sénèque, Ovide mais aussi les fragments de la Phèdre de Sophocle et de l’Hippolyte voilé d’Euripide) et pré-modernes (Garnier, Yeuwain, La Pinelière, Gilbert, Bidar) ; le travail de sélection, d’effacement et de réécriture opéré par Racine. Que doit Racine à ses sources ? Comment met-il en œuvre une tradition aussi riche et variée ? Quelle est l’influence de ses devanciers français aussi soigneusement lues que malicieusement non mentionnées dans la préface ? Quelle influence de l’opéra sur la scénographie retenue ?
  • Axe 2 : Phèdre comme palimpseste interne à l’œuvre racinienne : les grandes figures du théâtre racinien à l’aune de Phèdre et/ou le personnage de Phèdre à l’aune des pièces antérieures ; réutilisation de techniques dramaturgiques déjà explorées ; Phèdre comme paradigme d’un rapport racinien au mythe et à l’Antiquité en général. Dans quelle mesure peut-on percevoir en Hermione, Atalide et Ériphile des croquis préparatoires, des avatars de Phèdre ? La pièce de 1677 constitue-t-elle, comme on le dit souvent, l’acmé de la production racinienne, ou plutôt une variation virtuose d’une écriture désormais accomplie ? Le rapport au mythe et à l’Antiquité a-t-il évolué par rapport au reste de sa carrière profane (La Thébaïde, Andromaque, Iphigénie) ?
  • Axe 3 : Les poétiques de la réécriture post-racinienne en Europe. Transpositions, traductions, réappropriations, déconstructions, parodies – jusqu’à la Phèdre (à repasser) de Pierre Dac de 1935 ! – du texte de Racine dans la littérature française et étrangère en Europe de la fin du XVIIe siècle jusqu’à aujourd’hui, tous genres littéraires confondus. Les Phèdre(s) de Racine et de Pradon, rivalité ou réécriture ? Les premières traductions/adaptations en Angleterre ou en Italie à l’époque de l’Europe française (XVIIIe) cachent-elles déjà un éloignement et une réinterprétation de l’œuvre originale ? Les auteurs étrangers (par exemple D’Annunzio 1909, Miguel de Unamuno en 1918, Marina Tsvetaïeva en 1928, Per Olov Enquist en 1980, Sarah Kane en 1996) sont-ils porteurs d’un regard différent et plus critique sur ce monument de la littérature française ? Phèdre reste-t-elle au cœur du récit au fil des siècles et des dépaysements géographiques ? Ou cède-t-elle le devant de la scène à Hippolyte ? Le cas échéant, quelle en est la raison ?
  • Axe 4 : Décentrements et hybridations extra-européennes. La réception et la métamorphose du mythe de Phèdre dans les aires culturelles non européennes (théâtre postcolonial, littératures francophones du Sud, adaptations transculturelles) ; les équivalents mythologiques du motif de la séductrice calomniatrice en Asie, Afrique et au Moyen-Orient. Quels allers-retours entre l’histoire de Phèdre et Hippolyte et l’histoire biblique de Joseph et la femme de Putiphar dans le théâtre et la littérature ? Que devient Racine dans les transpositions du mythe au Mexique (Ximena Escalante 2004), au Liban (Wajdi Mouawad 2016), dans l’Afrique subsaharienne (T’zée – Une tragédie africaine – BD de 2022), dans l’Inde coloniale (Tony Harrison 1976) ?
  • Axe 5 : les réécritures par la scène : mises en scène de la pièce de 1677 à aujourd’hui ; transpositions et fusions avec des cultures théâtrales différentes (ex. : le Kathakali, théâtre dansé traditionnel indien ; le Nô et le Kabuki au Japon). Dans quelle mesure, pour les metteurs en scène Phèdre tient-elle le rôle d’un passage initiatique, d’un défi à relever dans une carrière ? Le passage par la scène constitue-t-il uniquement un outil herméneutique, ou peut-il également devenir un instrument heuristique, de connaissance du texte ? Quelle facette de Phèdre nous révèlent les grandes actrices qui l’incarnent au XVIIIe (Lecouvreur, Dumesnil, Clairon) et au XIXe (Dorval, Rachel, Sarah Bernhardt) ? Quelle lecture suggèrent les grands metteurs en scène du XXe français (entre autres Baty, Barrault, Vilar, Vitez) et étrangers (ex : Ronconi, Watanabe) ? Que devient Phèdre sur le plateau au contact avec les autres variantes du mythe (ex : Krzysztof Warlikowski 2016) et sur des scènes éloignées (ex. : à La Réunion, aux Antilles) ?
  • Axe 6 : Le palimpseste intermédial. Les transpositions de la Phèdre de Racine dans d’autres formes artistiques (scénographie, opéra et musique, danse, cinéma, radio, arts visuels). Que nous disent de la réception et de l’évolution de Phèdre les tableaux du XIXe (ex : Pierre-Narcisse Guérin, Alexandre Cabanel) et du XXe siècle (ex : Raoul Dufy), les gravures et illustrations qui accompagnent les éditions au fil des siècles (ex : Lebrun au XVIIe, Gravelot au XVIIIe, Pauquet au XIXe), mais aussi les reprises du mythe à l’opéra (ex : Jean-Baptiste Lemoyne en 1786 et sa redécouverte récente en2018 par le Palazzetto Bru Zane et le Centre de musique baroque de Versailles) et au cinéma (ex : le film de Pierre Jourdan en 1968, le téléfilm de Pierre Cardinal en 1988, la captation/adaptation par Stéphane Metge de la mise en scène de Patrice Chéreau en 2003) ?
  • Axe 7 : la poïétique tragique face au mythe. Les réécritures du mythe de Phèdre, par leur fréquence et leur importance, deviennent paradigmatiques du rapport qu’entretient chaque époque avec le mythe, avec la tradition et avec l’Antiquité. Ce rapport – tous mythes confondus – était-il nécessairement le même chez Corneille, Racine et Rotrou ? Sous quelles conditions évolue-t-il d’une époque à l’autre ?

 

Modalités de soumission

Les propositions de communication (d’une longueur d’environ 300 mots), accompagnées d’une brève notice bio-bibliographique, devront être envoyées pour le 1er février 2027 à l’adresse suivante : tristan.alonge@univ-reunion.fr

Un volume collectif fera suite au colloque.

Comité d’organisation

  • Tristan Alonge, Université de La Réunion, Institut Universitaire de France
  • Gilles Declercq, Université Sorbonne Nouvelle
  • Bénédicte Louvat, Sorbonne Université